Je tiens à dédier cette article aux victimes, à leur famille , à leurs dirigeants...
11/12/2007...encore un
11 qui porte malheur! Mais bon, personnellement, je n'ai jamais cru au hasard: à chaque évènement ses causes et ses conséquences. Pas besoin de rappeler les chiffres qui tendent à augmenter chaque jour. Ni d'analyse politique ou sociale de ce qui est en train de se passer, je n'y ai ni le coeur ni les informations requises. N'empêche il y a encore beaucoup de zones d'ombres...mais je ne suis pas là pour polémiquer.
J'ai juste envie de me vider, de faire un constat, de prendre un peu de recul sur ce qui se passe. Bref résumé de mes 48 dernières heures pour mieux comprendre mes impressions:
Hier matin, vers 9h30: en plein cours d'histoire, à une poignée de minutes de la récréation, une secousse aussi violente que brève vient perturber le bon déroulement de la séance. Là des souvenirs remontent, ceux du tristement célèbre
21 mai. Je vois toute la salle vibrer, sans comprendre ce qui se passe: trop court pour être un caprice de la nature, trop fort pour être un élève rêveur ayant seulement perdu l'équilibre sur sa chaise... "
C'EST UNE BOMBE!": la remarque retentit presque aussi fort qu'un impact d'obus. Je me lève et ouvre la fenêtre. Dehors j'entends des cris, des bruits de pas, l'atmosphère de panique est palpable plusieurs centaines de mètres à la ronde. On nous dirige vers le centre de la cour. Premier reflexe, je fonce vers le poste de sécurité pour en savoir un peu plus: "
Qu'est-ce qui c'est passé? Où? Une bombe ou une fuite de gaz?". On l'ignore tout autant. Je reviens vers le centre du lycée, où les rires des inconscients contrastent avec les larmes des angoissés. Méditerranéens que nous sommes, les rumeurs fusent. D'un côté, on dit Hydra et Birkhadem. D'un autre El Biar et Le Golfe. On parle aussi de la cour suprême de justice, distante du lycée d'à peine 300m à vol d'oiseau. Tant bien que mal, on fait le tri et on se rassure quant au sort de ses proches, ou au contraire on panique lorsque la voix annonce froidement "Eteint ou en dehors de la zone de couverture".
Passent les heures, les visages se débrident. Les rires fusent et l'ambiance n'est vraiment pas celle à laquelle on s'attendrait après un attentat. On est tellement habitué à entendre parler de bombes qui explosent au JT qu'on en oublierait presque que les victimes sont des personnes que l'on a peut être déjà croisé, à qui on aurait dit bonjour en passant, à côté desquelles on se serait assis dans le bus. Bref, on parle d'une bombe mais pas de morts. C'est avec un sentiment de honte que je confesse avoir pensé, par extrême naïveté, qu'on ne recense aucune victime, juste des bâtiments amochés, point barre. Vers 15h, je vois les images sur internet.
Choc brutal: du lieu où je me trouvais 24h plus tôt, je ne reconnais qu'un portail ayant résisté à la déflagration. Pour le reste, tout n'est que poussière, gravats et autres carcasses de voitures. De plus, on parle de plus de 50 morts et de nombreux blessés graves. Apprendre la mort d'une personne me fait toujours un pincement au coeur, plus encore quand c'est en Algérie. Mais le fait d'apprendre l'assassinat, par lâcheté, de civils, dans des lieux (autant Ben Aknoun qu'Hydra) que j'ai déjà fréquentés m'a littéralement bouleversé au plus profond de moi-même. Au début c'est un sentiment de haîne de dégoût, d'indignation, de peine, le tout mêlé, qui vous prend à la gorge. S'en suit une véritable sensation d'impuissance: on ne demande rien à personne et un beau jour un inconnu vient vous ôter la vie sans même que vous ayez le temps d'adresser une prière, un adieu...
A la sortie du lycée, je me dirige vers les lieux du sinistre, plus dans le but de combler la curiosité d'un ami que la mienne. Malgré la route barrée, on peut appercevoir les "restes" de ce qui était quelques heures plus tôt un chef-d'oeuvre architectural. La scène me porte le coup de grâce.
Voilà pour mes impressions directes concernant la tragédie. Je n'étais cependant pas au bout de mes peines, et ce pour plusieurs raisons.
D'abord, les réactions dans le monde. Que la Palestine nous exprime son soutien, je trouve sa presque honnête et sincère. Mais que les USA, la France, l'Espagne, le Portugal, (...), et l'Afghanistan (
oups, j'avais déjà dit les USA, je me répète...)
carburent aux figures de style pour nous exprimer leur indignation, permettez moi de douter de leurs réelles motivations. Vous me dirrez, à 100$ le baril, c'est normal d'avoir des amis fidèles partout dans le monde...
Ensuite, les réactions sur le plan national. Le RND,FLN,RCD,FFS,(...), et enfin le
Hamas condamnent sévèrement ces actes barbares et lâches. Le discours est le même après chaque attentat. L'erreur ne provient pas du discours, mais surtout des attentats qui reviennent encore et encore, et des mesures qui ne sont pas adoptées, encore et encore...
En dernier lieu, pour mieux les mettre en valeur, les médias étatiques. Qu'on ne vienne pas me dire, par pitié, que l'importance de l'écart entre les bilans provisoires avancés, d'un côté par les médias algériens (étatiques), et de l'autre par les médias étrangers, ne soit que le fruit du hasard. On jettera biensûr la pierre sur l'Etat, j'en conviens. Mais n'oublions pas le rôle joué par ces soi-disants journalistes, qui laissent leur conscience professionnelle et même, dans des cas comme celui-ci, humaine, sous le paillasson de leur lieu de travail au moment de prendre plume ou micro. Un exemple criant,révoltant, me heurta ce matin [
article rédigé le 12/12/2007, NDLR].
Alger chaîne III, radio étatique francophone, proposait un débat qui s'annonçait très interressant à propos des kamikazes, de leur provenance, motivations...etc. Je fus surpris par la qualité des invités présents,à savoir un spécialiste en Islam et une juge ayant pour expérience de nombreux procès terroristes. D'abord très bateau, le débat se précisa de plus en plus, dérivant sur un sujet épineu et tabou: la politique. La juge prit alors la parole, en commençant à étayer ses arguments d'exemples concrets et contemporains. Elle fut subitement coupée dans son intervention par une voix annonçant la fin de l'émission, celle-ci étant apparemment à l'extérieur du lieu d'enregistrement (coupé au montage). Une question pour finir: si, au moins dans des situations comme celles-ci, on ne peut compter sur nos propres médias pour nous informer, sur qui nous appuierons-nous?
P.S: J'apprends au moment où je publie mon article, que l'un des deux kamikazes a été relâché de la prison d'El-Harrach en 2006, grâce à la concorde civile...